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13 novembre, 2014

Sociologues et historiens nucléaires

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Le programme électronucléaire français continue de susciter, de la part de ses adversaires, une vigoureuse opposition : les accidents de Tchernobyl (1986) puis de Fukushima (2011) sont devenus les références incontournables des opposants au nucléaire civil, tandis que le moindre incident est exploité sans commune mesure avec la réalité.

Pourtant, l’émergence de la problématique du changement climatique et le choix d’une meilleure maîtrise des émissions de gaz à effet de serre ont ajouté une légitimité nouvelle, « écologique », à l’électricité en général et à la production nucléaire de cette énergie en particulier.

Il y a quelques décennies, on nous promettait l’âge d’or de l’électricité avec l’électronucléaire, une source d’énergie presque inépuisable. L’uranium viendrait relayer juste à temps le charbon, le gaz et le pétrole, dont les ressources connues risquaient d’être taries en une ou deux décennies. Fruit des grandes découvertes de la physique contemporaine, l’électricité d’origine nucléaire bénéficiait du prestige attaché aux conquêtes de la science et de la technique. Elle jalonnait une nouvelle victoire de l’intelligence humaine dans la compréhension et l’utilisation des lois de la nature. En France, elle s’auréolait du charisme de Frédéric Joliot-Curie, prix Nobel, combattant de la Résistance, militant de la paix.

Aujourd’hui, pour une large part de l’opinion, surtout parmi les jeunes, les belles couleurs de ce tableau idyllique se sont inversées. L’énergie nucléaire est ressentie comme synonyme de pollution radioactive avec le risque de catastrophes majeures qui y est associé. Ses déchets s’accumuleraient sans qu’on sache s’en débarrasser, faisant peser une lourde menace sur les générations futures. Désormais le développement des centrales nucléaires inquiète, à des degrés divers, une partie de la population.

Les sociologues et les historiens qui entreprendront d’expliquer cette mutation de l’imagenucléaire auront à en considérer, outre la rapidité, le caractère ouvertement passionnel. Dans les débats télévisés ou les reportages organisés de temps à autre sur le nucléaire, les données scientifiques ou techniques ne sont mentionnées que pour la forme, quand elles ne sont pas tronquées ou fausses, et cachent à peine le conflit affectif.

Il en résulte un dialogue de sourds où les positions sont figées à l’avance. L’affrontement ne fait que renforcer davantage des opinions déjà établies. Ces échanges biaisés suscitent souvent des arguments de piètre qualité. Les reportages jouent sur l’émotion et s’apparentent les plus souvent à une propagande contre le nucléaire et en faveur des énergies renouvelables.

Naguère célébrés comme des bienfaiteurs, les techniciens de l’électronucléaire se voient soupçonnés des pires intentions. S’ils ne parlent pas de leurs projets, c’est qu’ils veulent cacher la vérité. S’ils les exposent dans des publications accessibles à tous, c’est qu’ils cherchent à tromper le public. Les techniciens du nucléaire s’entendent souvent demander – pouvez-vous nous garantir que telle installation ne présente aucun risque ? Le risque zéro n’existe pas. Rechercher cet objectif, c’est se condamner à l’inaction et à l’immobilisme. Sortir de chez soi et traverser la rue, c’est accepter le risque d’être renversé par une voiture. L’appréciation d’un risque est liée d’une part à la probabilité d’un accident, d’autre part à la gravité des conséquences possibles. Telle est la simple vérité. Pourquoi la plupart des comportements à l’égard du nucléaire sont-ils à ce point marqués d’irrationalité ?

On invoque souvent, comme cause première de ces attitudes, le péché originel de l’atome : Hiroshima. Mais ce lever de rideau du massacre nucléaire est antérieur à l’euphorie et au chœur de louanges quasi-unanimes qui accueillit les premiers réacteurs producteurs d’énergie. Le doute et la contestation ne se sont développés qu’ensuite. Et pour le gros des bataillons antinucléaires, la dernière guerre mondiale appartient à une histoire qu’ils n’ont pas eux-mêmes vécue. Sans doute utilisent-ils parfois dans leur propagande le champignon de Bikini, pour suggérer l’éventuelle explosion catastrophique d’une centrale. Mais il reste un thème accessoire. Tchernobyl et Fukushima fournissent aujourd’hui de biens meilleurs arguments pour alimenter la contestation antinucléaire. Il est d’ailleurs remarquable que les mouvements antinucléaires concentrent leur agressivité sur les centrales productrices d’énergie, donc de richesses matérielles et sociales. Saper la production d’électricité qui est un des principaux moteurs de la production matérielle et le cœur du confort des sociétés modernes industrielles semble être aussi une motivation des mouvements altermondialistes et anticapitalistes. Pour de nombreux jeunes militants « verts », la lutte contre le programmenucléaire est devenue un des aspects de leur lutte pour un changement de société. Nous appellerons ces écologistes anti-nucléaires les « verts » par simplicité de langage. Et surtout aussi pour les différencier des personnes qui s’estiment aussi être « écologistes » tout simplement parce qu’elles aiment la nature et certains principes qui se rattachent à l’écologie, sans pour autant être opposées à la production d’énergie électrique d’origine nucléaire.

L’écologie est devenue un chapeau très large qui recouvre un fourre-tout. Le courant multiforme qui s’est approprié le mot « écologie », s’alimente de toutes les frustrations et de toutes les souffrances nées des maladies de notre système social. Mais en même temps il subit la problématique propre à ce système : pour ou contre la technique, pour ou contre la science. D’où la facilité avec laquelle, dans une ambiance de malaise, il entre en résonance avec les lieux communs du sous-développement culturel scientifique. « Les deux tiers de la chaleur produite par une centrale nucléaire partent dans la nature » », alors que ça n’a quasiment aucun effet sur la nature et que les centrales nucléaires n’émettent pas de CO2. « Ils nous empoisonnent avec leur industrie chimique ou nucléaire », …etc. Ces résonances sont amplifiées par les medias prêts à accompagner toute idéologie contestataire ou à exploiter le « catastrophisme » qui capte l’audience et augmente les parts de marché. Cela est vrai pour l’offensive lancée contre les centrales nucléaires à tous les niveaux, jusqu’au Sénat par le groupe écologiste.

Certains, notamment parmi les « verts », cherchent à provoquer un référendum car ils y voient la condition d’un choix démocratique par la « connaissance ». Mais cette connaissance, même superficielle, demande des mois d’apprentissage pour commencer à comprendre. Qui a le temps de le faire ? A moins de se passionner pour le sujet pendant ses vacances ou d’avoir beaucoup de temps libre, en étant à la retraite par exemple, cette acquisition des connaissances restera un vœu pieu pour la grande majorité du public.

Il y a une autre voie parfaitement démocratique. On l’oublie un peu mais elle consiste à faire confiance aux élus de la République dont le rôle est aussi de prendre des décisions au nom du peuple et de la Nation. C’est un choix technique et social qui peut être assumé par des hommes politiques, comme l’ont fait Charles De Gaulle et Pierre Messmer, à l’époque.

Essayons donc d’y voir clair en situant les perspectives de l’électronucléaire par rapport à ce qu’on appelle les « énergies nouvelles ou renouvelables ».

Ces énergies « renouvelables » sont présentées comme une planche de salut contre lenucléaire. Sommairement, elles relèvent de quatre têtes de chapitres – le vent (énergie éolienne), la mer (marées ou vagues), la chaleur souterraine (géothermie) et le rayonnement solaire et ses dérivés (biomasse). Le vent et les vagues ne sont d’ailleurs aussi que des formes de l’énergie solaire, qui est le moteur des mouvements de l’atmosphère. Une caractéristique commune à toutes ces énergies est qu’elles sont connues et utilisées depuis des siècles. Et parfois pratiquement abandonnées au profit de ces sources vraiment nouvelles que furent, en leur temps, la houille et le pétrole. Ce qui est ici nouveau, ce ne sont pas les sources d’énergie, mais les techniques qui permettent de les utiliser mieux qu’autrefois.

Le rayonnement solaire alimente toute vie terrestre. Le charbon, le pétrole, le bois sont du soleil en conserve. L’agriculture n’est qu’un moyen de capter cette énergie. Le mot nouveau est donc mal venu, s’il veut qualifier la nature des sources en cause. Le constater n’est pas une vaine querelle de vocabulaire. Par ses connotations il rejoint une volonté de refus, de rupture, de changement, d’espoir en un avenir différent, née de la crise présente de nos sociétés, et que le courant dit écologique, spécialement dans sa composante antinucléaire, tend à capitaliser. Outre sa coloration révolutionnaire qui devrait nous engager dans « une transition énergétique », le caractère de nouveauté sous-tend une argumentation : s’il existe des énergies disponibles non encore exploitées, elles s’offrent comme une alternative à l’énergie nucléaire, cette invention diabolique, ce mal absolu qu’il faudrait éradiquer.

De toutes les qualités que l’on prête un peu vite à ces sources énergétiques dites renouvelables, la plus fallacieuse est la gratuité. Le soleil, le vent, l’eau chaude profonde, les marées, tout cela nous serait offert généreusement par la nature, voire par « Mère Nature ». Nous n’aurions qu’à puiser dans le trésor. Eh oui ! Encore faut-il capter cette énergie, ce qui ne peut se faire sans un matériel approprié, lequel n’est pas gratuit : éoliennes, foreuses, batteries de miroirs paraboliques, panneau photovoltaïques …etc. Et lui donner une forme appropriée, c’est-à-dire, dans presque tous les cas, en faire du courant électrique.

Parler d’énergie gratuite n’a pas de sens. Le charbon et le pétrole sont tout aussi gratuits, puisqu’ils existent sans qu’on ait à les fabriquer ; c’est l’extraction, le transport, la transformation des produits, les taxes, etc,…, pour aboutir à des kWh « utiles » qui, en aucun cas, ne sont donnés en cadeau. Cette mise au point, ne vise aucunement à exclure de nos perspectives ces sources d’énergie qui ne sont ni nouvelles, ni toujours douces, et à coup sûr jamais gratuites, mais seulement à débarrasser le débat des nuées dont l’obscurcit une mystique néo-rousseauiste.

Certains « verts », au regard candide, proposent de faire baisser drastiquement la consommation mondiale au niveau où elle se trouvait il y a plusieurs décennies, moyennant quoi il y aurait moins de problèmes. Il faut une superbe indifférence à la démographie, à l’économie politique, à la sociologie, pour ignorer qu’un tel retour en arrière, à supposer qu’il soit accepté, entraînerait, outre une chute brutale du niveau de vie, une augmentation rapide de l’effectif des sans-emploi, avec les dramatiques effets sociaux et humains qu’on peut à peine imaginer. L’efficacité énergétique et les économies d’énergies sont souhaitables et utiles mais elles ne peuvent que limiter la progression de la hausse de la consommation énergétique.

Renoncer à la civilisation industrielle ou l’entraver pour retourner vers la nature ? Ce sont des voies que suggèrent quelques « verts » qui cultivent le fantasme d’un âge d’or préindustriel. Mais cet âge n’a jamais existé. Même l’Europe du « grand » siècle était celle des famines et des épidémies. Que dire aujourd’hui de ces pays du tiers-monde où des millions d’humains crèvent de faim et de maladies et qui, pourtant, font de l’« écologie » sans le savoir !

On est en face d’un problème politique qu’on n’affronte pas efficacement en se complaisant dans l’idéologie et l’irrationnel. Parmi les causes qui peuvent concourir à une nouvelle déflagration mondiale figurent assurément, d’une part la compétition sauvage pour les sources d’approvisionnement en matériaux énergétiques, d’autre part le déséquilibre croissant entre les nations industrielles et celles qui s’enfoncent dans la misère et la famine. Il n’est pas permis d’envisager l’avenir énergétique sans prendre ces faits en considération. Les croisadesantinucléaires les ignorent.

Qu’en est-il du « grave » problème de l’élimination des déchets radioactifs ? L’élimination des déchets à haute activité fait l’objet de plusieurs propositions de solutions qui ne mettront aucunement en danger les générations futures. Pour le moment, il n’y a pas d’urgence à trancher et le stockage provisoire actuel peut durer encore plusieurs dizaines d’années. L’idéal serait leur destruction. Cette idée n’est pas chimérique. Certains éléments à longue période peuvent, par irradiation être transformés en éléments à vie brève, qui ne laissent au bout de peu de temps qu’une « cendre » non radioactive. On entrevoit déjà que certains types de réacteurs – en particulier les surgénérateurs – pourraient jouer ce rôle d’incinérateurs de déchets radioactifs.

Dans l’immédiat, on recourt à des modes provisoires de stockage qui ne grèvent aucune des solutions envisageables dans l’avenir. Tel est le cas pour les combustibles usés retirés du réacteur après trois ou quatre ans d’usage. En moyenne, on extrait chaque année 20 tonnes de combustibles usés par réacteur nucléaire dont une tonne seulement représente les déchets de combustion (produits de fission et actinides) hautement radioactifs.

Les combustibles usés sont plongés d’abord dans une piscine où, en quelques années, ils perdent 98 % de leur radioactivité par désintégration des éléments à période courte. Puis les déchets sont séparés et ils sont incorporés à une pâte de verre qu’on coule dans des fûts d’acier. Ceux-ci sont entreposés dans des fosses bétonnées d’où la chaleur engendrée par la radioactivité est évacuée par convection ou ventilation. Le stockage en fosses durera quelques dizaines d’années après quoi, la radioactivité ayant suffisamment décru pour ne pas risquer de détruire le verre, on pourra envisager un stockage définitif. Après les traitement à l’usine de la Hague, il reste annuellement 320 m3 seulement de ces futs d’acier contenant les déchets des 58 réacteurs nucléaires français qui fournissent plus de 75% de notre électricité.

L’autre péril le plus souvent allégué est celui des accidents de réacteurs nucléaires. Mais en aucun cas une centrale ne peut exploser comme une bombe atomique. Dans celle-ci la matière fissile doit être presque pure (au moins 90%), assemblée dans un temps très court en masse critique et maintenue en un ensemble compact, afin d’obtenir une fission en chaînes quasi-instantanée de toute la masse, libérant le maximum d’énergie dans le minimum de temps. Aucune de ces conditions n’est réalisée dans un réacteur nucléaire, Un emballement accidentel de la fission ou un défaut de refroidissement pourrait seulement, par élévation excessive de la température, entraîner des destructions avec libération de matières radioactives. C’est ce qui s’est passé à Tchernobyl et Fukushima. Tchernobyl a fait moins de 100 morts. Quant à Fukushima, deux rapports (UNSCEAR/ONU1 et OMS), publiés le 23 mai 2012 et passés inaperçus, ont conclu que Fukushima ne ferait aucune victime par irradiations. Le tsunami, lui, a fait 20.000 morts et des dégâts considérables. Mais Fukushima n’y est pour rien. Si des associations et des sites bien intentionnés ont « célébré l’anniversaire » de Fukushima en mars 2012, aucun à ma connaissance, à une notable exception prés2, n’a fait état de ces deux rapports publiés vers la même date.

Cela ne signifie pas que le développement du nucléaire soit la seule issue qui s’offre à notre civilisation. Mais un débat rationnel doit être débarrassé des mythes. Or, l’image qui fait des centrales nucléaires des antichambres de l’enfer est un mythe.

Le refus total de l’électronucléaire est voué à l’échec : la pression de la nécessité, dans la plupart des états européens ainsi qu’au Japon, en Chine, en Inde, en Russie et dans nombre d’autres pays, emportera toutes les résistances, quelle que soit la couleur politique des dirigeants. Le cas de l’Allemagne est particulier. Ce pays se repose sur le charbon de son sous-sol et sur l’importation de gaz russe qui fournissent 60% de l’électricité. Et ce pourcentage va augmenter car 20% de l’électricité allemande provient toujours des réacteurs nucléaires…

Si, ainsi qu’il est permis de le penser, la civilisation industrielle doit connaître une phaseélectronucléaire comme elle a traversé des phases charbon et pétrole, alors on peut soit s’opposer à la mutation au nom d’une mystique néo-rousseauiste, ou bien peser autant qu’on le peut pour qu’elle respecte et serve l’intérêt collectif. Cette seconde attitude peut paraître moins facile. Elle ne fait pas miroiter de solutions miracles, elle exige une lutte constante.

Notons que d’un point de vue écologique, la combustion du charbon et des hydrocarbures engendre une nuisance non pas hypothétique comme d’autres, mais déjà réelle et pratiquement irréversible : la diffusion de particules nocives et l’augmentation de la teneur de l’atmosphère en gaz carbonique. Elle va s’accélérant depuis le début de la révolution industrielle au siècle dernier, et certains redoutent qu’il en résulte de sérieux bouleversements du climat terrestre. Seul, le recours à des sources d’énergie autres que la combustion de composés du carbone, notamment pour produire massivement de l’électricité, peut limiter ce processus.

Alors quelles sources d’énergies ?

Le vent et le soleil ? Ce sont peut-être les grandes ressources des prochains siècles. Éternelles et peu polluantes (il faut bien les fabriquer…). Pour l’instant, des recherches de laboratoires tentent d’augmenter le rendement pour produire des panneaux photovoltaïques à un coût accessible et, surtout ils essaient de trouver le moyen de stocker massivement et à faible coût l’énergie produite pour pouvoir l’utiliser suivant les besoins d’un grand pays comme la France, ce qui est encore loin d’être le cas. A l’échelle vraiment industrielle, c’est-à-dire en production de masse, elle n’interviendra pas avant quelques décennies… ou siècles.

La géothermie, les marées, les vagues ? Ces énergies constitueront un appoint non négligeable, mais qui restera marginal.

Alors, le nucléaire ? C’est la seule énergie vraiment offerte « ici et maintenant ». C’est la grande solution de l’avenir pour plusieurs décennies, voire pour plusieurs siècles.

Les actuels réacteurs consomment moins du centième de l’uranium naturel acheté (0,5%). Le reste n’est pas utilisé, à part la petite quantité de plutonium engendré dans le réacteur, et qu’on peut récupérer à condition de retraiter le combustible irradié. Or les réserves utilisables de minerai d’uranium ne sont pas illimitées. Avec les programmes actuels de développement de centrales nucléaires, elles seront épuisées dans un siècle. A moins que…

A moins qu’aux réacteurs à eau légère succèdent les surgénérateurs. Avec eux 50% de l’uranium naturel (composé à 99,3 % d’uranium 238) devient un « combustible nucléaire ». Du coup la durée – des réserves d’uranium naturel est multipliée par un facteur proche de 100. Or c’est sur ce type de réacteurs que la contestation antinucléaire manifeste la plus forte crispation. En effet, avec ce type de réacteurs surgénérateurs, le nucléaire devient durable puisque les réserves mondiales d’uranium connues à ce jour permettraient d’alimenter plus de dix fois le parc mondial actuel pendant plusieurs milliers d’années.

En France, le stock de 300.000 T d’uranium dit « appauvri » (encore moins radioactif que l’uranium naturel qui n’est pas dangereux) qui reste à l’issu de la fabrication des barres de combustibles nucléaires est précieusement conservé sur notre sol. Il permettrait d’alimenter, actuellement, nos centrales nucléaires de 4e génération pendant 3000 ans (trois mille ans !)….

Si les surgénérateurs de la quatrième génération démarrent vers 2040, il y aura 5000 ans de réserve de combustible nucléaire, uniquement sur le sol français, pour alimenter les centrales électriques et fournir toute l’électricité dont la France aura besoin, sans avoir à importer du combustible.

Ces surgénérateurs serviraient aussi à contenir et à éliminer le plutonium créé dans les réacteurs. Dans un siècle, ou plus…., peut-être qu’une autre technologie – solaire ou énergie de fusion – prendra le relais des réacteurs actuels à fission de 3e et 4e génération.

Si on ne veut pas que nos enfants nous accusent d’incurie, il faudrait un peu de prudence avant de crier haro sur les surgénérateurs !

Ces quelques réflexions n’épuisent pas, bien sûr, les avantages que les français pourront tirer de l’électricité d’origine nucléaire. Mais elles visent à mettre en garde contre les campagnes passionnelles et à leur préférer le sang-froid et l’information.

Les sources d’énergies abondantes et bon marché que sont le charbon, le pétrole et le gaz ont été à l’origine du développement de nos civilisations modernes et en sont aujourd’hui le moteur. Les centrales nucléaires pourront produire l’énergie électrique propre, bon marché, décarbonée et abondante dont nous avons et dont nous aurons besoin dans les décennies à venir pour succéder, au moins partiellement, à ces énergies d’hier, pour le bien et la grandeur de la France.

Michel Gay
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Zones contrôlées: La radioprotection dans les installations nucléaires

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Les capacités de production nucléaire devraient augmenter de 60% d’ici à 2040

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D’après un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les capacités de production nucléaire augmenteront significativement dans le monde d’ici à 2040, principalement en Chine, mais la part de l’atome dans la production totale d’électricité devrait rester stable. Avec de nombreux réacteurs à l’arrêt, l’Europe sera confrontée au défi du démantèlement et du remplacement de ce déficit de production, souligne l’Agence.

Les capacités de production nucléaire augmenteront significativement dans le monde d’ici à 2040, principalement en Chine, mais la part de l’atome devrait rester stable dans la production totale d’électricité, a indiqué ce mercredi 12 novembre l’Agence internationale de l’énergie.

Dans le détail, l’Agence prévoit que les capacités électronucléaires bondiront de 60% en passant de 392 gigawatts en 2013 à plus de 620 GW en 2040, selon le scénario central de l’étude prospective annuelle du bras énergétique des pays développés. « Cependant, leur part dans la production globale d’électricité, qui a culminé il y a près de deux décennies, n’augmente(ra) que d’un point de pourcentage à 12% », précise-t-il.

 Pas moins de 45% de cette croissance proviendront de Chine, tandis que l’Inde, la Corée du Sud et la Russie réunies représenteront 30% de la hausse et les Etats-Unis 16%. La production atomique devrait également rebondir au Japon (sans atteindre les niveaux d’avant la catastrophe de Fukushima), tandis qu’elle se repliera de 10% dans l’Union européenne. Au total, le nombre de pays exploitant des réacteurs passera de 31 à 36.

200 RÉACTEURS À L’ARRÊT

D’ici 2040, quelque 200 des 434 réacteurs opérationnels à la fin 2013 seront mis à l’arrêt, principalement en Europe, aux Etats-Unis, en Russie et au Japon. « Nous estimons le coût de démantèlement des centrales nucléaires mises à l’arrêt durant cette période à plus de 100 milliards de dollars », indique l’AIE, pointant toutefois « des incertitudes considérables » sur ces coûts en raison du manque d’un retour d’expérience.

« Remplacer ce déficit de production représentera un défi particulièrement aigu en Europe », souligne-t-elle. L’agence appelle dès lors les gouvernements à clarifier le plus tôt possible leur stratégie en matière d’extension de la durée de vie des installations.

Cette énergie controversée nécessite aussi d’écouter et de répondre aux préoccupations du grand public, notamment en matière de sûreté, alors qu’elle présente des avantages aux yeux des pays qui la choisissent. Le nucléaire peut contribuer à la fiabilité du système électrique face à la diversification des modes de production, explique l’AIE, et  »pour les pays importateurs d’énergie, il peut réduire leur dépendance aux approvisionnements étrangers et limiter leur exposition aux variations des prix des combustibles sur les marchés internationaux ».

UN RÔLE À JOUER DANS LA RÉDUCTION DES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE

L’atome est également perçu comme un moyen de développer une énergie décarbonnée à grande échelle, alors que pour le Giec (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent être réduites de 40 à 70% entre 2010 et 2050 pour limiter le réchauffement climatique à 2 degrés.

« Il a évité l’émission d’environ 56 gigatonnes de CO2 depuis 1971, soit près de deux ans d’émissions mondiales totales au rythme actuel », évalue l’AIE. « En 2040, les émissions annuelles évitées grâce au nucléaire (par rapport au niveau estimé de ces émissions à cette date) atteindront presque 50% en Corée du Sud, 12% au Japon, 10% aux Etats-Unis, 9% dans l’UE et 8% en Chine », évalue le rapport de l’Agence.

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Le moment magnétique du neutron mesuré grâce à des neutrons ultrafroids

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Trente-cinq ans après la dernière mesure, les chercheurs de la collaboration internationale nEDM, dont des équipes CNRS, ont mesuré avec précision le magnétisme des neutrons auprès de la source de neutrons ultrafroids de l’Institut Paul Scherrer (PSI), en Suisse. Il s’agit de la première mesure du moment magnétique du neutron utilisant les neutrons ultrafroids. L’objectif est de définir les propriétés fondamentales du neutron, son moment magnétique, mais également son moment électrique, pour une meilleure compréhension de l’asymétrie entre la matière et l’antimatière.  Ces résultats ont fait l’objet d’une publication dans Physics Letters B, le 30 octobre 2014.

 Les neutrons et protons, constituants des noyaux atomiques, possèdent un moment magnétique.  C’est ce magnétisme qui est notamment à l’œuvre dans la technique d’Imagerie par Résonance Magnétique (IRM). Le moment magnétique du proton et du neutron sont considérés comme des constantes fondamentales. Celui du neutron n’avait été déterminé avec précision – c’est-à-dire avec au moins six chiffres significatifs – que par une seule expérience utilisant un faisceau de neutrons produit à l’Institut Laue-Langevin de Grenoble, en 1979.

Les chercheurs de la collaboration nEDM ont, quant à eux, exploité la source de neutrons ultrafroids du PSI. Les neutrons sont produits avec un faisceau intense de protons bombardant une cible de plomb. Les neutrons issus de ce processus de spallation sont ensuite ralentis dans un glaçon de deutérium, devenant ultrafroids. A une vitesse inférieure à 5 m/s, ils ont alors la propriété de pouvoir être stockés dans des pièges matériels pendant plusieurs minutes. Durant leur stockage, ils sont soumis à un champ magnétique très stable et très homogène. Une procédure de résonance magnétique, la méthode des champs oscillant séparés de Ramsey, est appliquée pour mesurer la fréquence de précession(1) (de l’ordre de 30 Hertz) du moment magnétique autour du champ magnétique. La précision obtenue par cette méthode est de quelques micro-Hertz.
La valeur du moment magnétique du neutron extraite de cette expérience confirme la valeur de 1979 :

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L’utilisation des neutrons ultrafroids permettra d’améliorer la mesure du moment dipolaire électrique du  neutron. Les mesures existantes – dont la dernière date de 2006 – sont compatibles avec zéro, c’est-à-dire qu’aucune influence du champ électrique sur le moment magnétique des neutrons n’est détectée. Une mesure améliorée pourrait révéler une valeur non nulle, ce qui aurait des implications profondes sur notre compréhension de l’asymétrie entre la matière et l’antimatière.

(1) La précession correspond au mouvement de rotation de l’aimantation du neutron induit par le champ magnétique.

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Simulateur médical de dose

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11 novembre, 2014

EDF: les quatre chantiers clé du nouveau PDG

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Mise en œuvre de la transition énergétique, performance opérationnelle, stratégie internationale, relations avec Areva : les défis ne vont pas manquer pour Jean-Bernard Lévy .

En choisissant Jean-Bernard Lévy pour diriger EDF ces cinq prochaines années, l’Elysée désigne de facto un nouveau pilote opérationnel pour mettre en œuvre la transition énergétique, dont les grands objectifs viennent d’être adoptés par l’Assemblée nationale. Mais ce ne sera pas le seul chantier du nouveau patron de l’électricien public.

Engager la baisse de la part du nucléaire

Les députés ont adopté cette semaine la réduction de la part du nucléaire de 75 % à 50 % dans la production d’électricité à l’horizon 2025. Il s’agit désormais de l’organiser concrètement, dans le cadre d’une « programmation pluriannuelle de l’énergie » pour la période 2015-2017 puis 2018-2022. Le plafonnement de la puissance installée nucléaire (à 63,2 gigawatts) imposera, si l’EPR de Flamanville est bien connecté au réseau en 2016, la fermeture d’une puissance équivalente -probablement un seul réacteur la première année. Par la voix de la ministre de l’Energie Ségolène Royal, le gouvernement a indiqué qu’il n’exigeait plus que ce soit la centrale de Fessenheim qui ferme. EDF devra ensuite planifier le déclassement progressif de ses centrales nucléaires. Un dossier très sensible socialement, la fermeture d’un réacteur nucléaire étant une ligne rouge pour les syndicats d’EDF. La transition énergétique ne se résumera pas, toutefois, au nucléaire. L’électricien public devra aussi préciser sa stratégie en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique.

Redresser la performance opérationnelle

L’an dernier, les 58 réacteurs du parc nucléaire français ont affiché un taux de disponibilité de 78 %, en net retrait, et bien en-deçà de l’objectif de Henri Proglio -il visait les 85 % de disponibilité à son arrivée en 2009. Plus grave, la durée des arrêts des réacteurs pour maintenance a lourdement dérivé ces dernières années, créant un manque à gagner dans les caisses d’EDF. La barre a toutefois été redressée depuis le début de l’année, permettant à la production nucléaire de repartir à la hausse (+2,5 % sur les neuf premiers mois de l’année). Le renouvellement important des effectifs ces dernières années reste un facteur de fragilité. Et Henri Proglio, qui avait annoncé au printemps 2013 l’ouverture de discussions sur l’organisation du travail -notamment celle des cadres- n’a pas conclu ce dossier sensible. EDF doit aussi valider son plan d’investissement de 55 milliards d’euros pour maintenir et espérer prolonger la durée d’exploitation du parc français au-delà de 40 ans. Une décision qui nécessite, selon EDF, l’accord préalable du gouvernement pour allonger la durée d’amortissement du parc dans les comptes d’EDF. L’organisation de ces grands travaux sera en outre un très lourd chantier, car EDF devra gérer la montée en puissance de ses sous-traitants, qui réaliseront 80 % de ces travaux. Le parc nucléaire vieillissant, les risques d’avarie générique pourraient aussi se multiplier. Le groupe fait face à l’arrêt de quatre réacteurs nucléaires sur les quinze qu’il exploite en Grande-Bretagne, en raison d’un défaut repéré sur une pièce. Une avarie qui va peser sur les performances du parc britannique, à hauteur de 4 à 5 % en 2014 selon le groupe.

Gérer la relation avec les autres acteurs de la filière

Le nouveau patron d’EDF aura pour mission de consolider la relation avec Areva (concepteur et développeur de l’EPR), alors que les difficultés financières du groupe nucléaire se doublent d’un conflit de gouvernance entre le président du conseil de surveillance Pierre Blayau et le président du directoire, Luc Oursel. Sur le fond des dossiers, EDF et Areva semblent avoir trouvé un modus vivendi : l’électricien procure à son fournisseur une visibilité de long terme sur des contrats clés (fourniture d’uranium et de combustible, retraitement des déchets, remplacement des générateurs de vapeur…) mais à des prix serrés. Les deux groupes resserrent aussi leurs liens pour concevoir la future gamme de réacteurs nucléaires. « Nous avons un lien de dépendance mutuel donc on ne peut pas avoir de stratégie différente », résume un dirigeant d’EDF. Jean-Bernard Lévy aura aussi à repenser la relation avec GDF Suez, alors que Gérard Mestrallet et Henri Proglio étaient en conflit ouvert. « Dans la journée qui suivra la nomination du nouveau patron d’EDF, on saura si un accord GDF Suez-EDF est possible dans les douze mois », indiquait-on récemment dans l’entourage du gazier.

Définir la stratégie à l’international

Pendant les cinq années de son mandat, Henri Proglio s’est attaché à clarifier son portefeuille d’activités à l’international. Le groupe a ainsi repris la totalité de l’italien Edison et a développé sa filiale britannique EDF Energy, tout en sortant d’EnBW en Allemagne ou de ses participations américaines. Herni Proglio avait affiché sa doctrine : ne pas rester là où il est minoritaire. Le groupe détient encore quelques participations en Europe qui plombent ses comptes (notamment les 25 % détenus dans le suisse Alpiq), mais dont la vente est gelée par une conjoncture défavorable. Ces derniers mois, les signes d’une volonté de renouer avec des acquisitions à l’international se sont fait jour, en Europe mais aussi en Amérique latine. Dans le nucléaire, EDF poursuit aussi une coopération très approfondie avec les groupes chinois CGN et CNNC, que le groupe a fait entrer dans son consortium pour la construction des EPR en Grande-Bretagne. L’opération n’était, dans l’esprit de Henri Proglio, qu’un prélude à de nouveaux développements. Avec la reprise de Dalkia France, EDF entend aussi se développer sur les marchés de l’efficacité énergétique et des « réseaux intelligents » à l’international.

V.Le Billon

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L’indispensable radioprotection

Classé dans : Info — deedoff @ 21:09

DSV

 

Protéger et soigner. Des biomarqueurs aux traitements, les équipes de la DSV travaillent à l’amélioration de la protection des travailleurs et de leur prise en charge en cas de contamination.

Au-delà des accidents graves, la question des risques liés à l’exposition aux rayonnements ionisants se pose au quotidien pour les salariés de la filière nucléaire, comme en médecine nucléaire ou en radiothérapie. Si tout est fait pour diminuer le risque, celui-ci demeure et doit être pris en compte. La radioprotection, c’est-à-dire la protection des travailleurs contre les risques liés à l’usage de rayonnements ionisants, est très stricte, réglementée et associée à un suivi médical professionnel important et adapté. Car la nature du risque varie selon le poste de travail. Ainsi, dans les ateliers de fabrication ou de retraitement du combustible nucléaire, les travailleurs peuvent être exposés à des gaz, des liquides ou des poussières contenant des éléments radioactifs. On parle alors de contamination. « C’est l’un des risques sur lesquels travaillent les chercheurs de la DSV. Ils s’attachent en particulier à mieux comprendre comment une contamination par les actinides se propage dans l’organisme, comment elle est éliminée et quelles sont les relations entre doses et effets. Des informations indispensables pour mieux estimer le risque et adapter les mesures de radioprotection », explique Florence Ménétrier, responsable de la cellule d’expertise Prositon. « Le deuxième objectif des chercheurs est de donner aux médecins des éléments de réponse aux questions qu’ils se posent au cas par cas : Dois-je traiter ? Avec quel protocole ? Quand puis-je arrêter le traitement ? »

Améliorer la radioprotection

Un millisievert (mSv) par an pour la population ; 20 par an pour les travailleurs ; et jusqu’à 250 ponctuellement pour le personnel d’intervention de la centrale de Fukushima. Ce sont les doses maximales acceptées, en fonction des situations d’exposition. Fixées réglementairement, elles sont défi nies à partir de recommandations élaborées par la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) en s’appuyant sur l’ensemble des informations acquises par la communauté scientifique. « À l’iRCM, nous menons des recherches afin d’améliorer les modèles biocinétiques de contamination par les actinides sur lesquels s’appuie la CIPR », explique Olivier Grémy. « Les modèles biocinétiques ont pour objectif de prévoir le comportement de chaque radionucléide dans le corps humain, depuis son entrée jusqu’à son élimination. Nous avons donc développé des modèles expérimentaux pour suivre chez l’animal le devenir du plutonium et de l’américium notamment, ceci après différentes formes de contamination : pulmonaire ou par blessure. Nous regardons aussi les conséquences de ces contaminations, particulièrement en termes de cancer ».

Avec ces modèles, les chercheurs évaluent l’effet de nombreux paramètres, notamment physicochimiques et anatomiques. Ils ont ainsi montré que, pour une même dose de radionucléide, le risque de développer un cancer pulmonaire est trois fois plus élevé avec de l’oxyde de neptunium qu’avec de l’oxyde de plutonium qui se répartit de façon beaucoup moins homogène dans les poumons. « Cela démontre que connaître la dose ne suffi t pas et qu’il faut prendre en compte sa répartition dans les tissus pour mieux estimer la probabilité de développement d’un cancer », souligne le chercheur. Une autre question se pose immédiatement : que se passe-t-il en cas de contamination par un mélange d’actinides ? « Nous nous attachons à décrypter le comportement des actinides lorsqu’ils sont mélangés, comme c’est le cas dans le combustible Mox utilisé dans certains réacteurs nucléaires. C’est particulièrement important pour adapter la radioprotection des personnes qui fabriquent ce combustible », explique Olivier Grémy. À partir de leurs résultats expérimentaux les chercheurs de l’iRCM développent et ajustent des modèles informatiques. « Notre originalité, c’est d’allier recherche expérimentale sur l’animal et modélisation informatique », souligne Paul Fritsch. « Et ces modèles nous les transposons à ce qui se passe chez l’Homme. Actuellement, les doses limites défi nies par la CIPR tiennent compte des risques pour différentes catégories de personnes. Avec cette démarche, nous augmentons les paramètres pris en compte avec pour objectif de pouvoir évaluer la situation individuelle. »

À la recherche de biomarqueurs

La première chose à faire en cas de suspicion de contamination accidentelle, c’est de la vérifier et d’en évaluer le niveau. Pas si simple ! À l’heure actuelle, le test utilisé consiste à détecter la quantité de radionucléides dans les urines. « Ce dosage indispensable est toutefois insuffisant », affirme Odette Prat, de l’iBEB. « Les médecins du travail ont besoin d’avoir un test qui leur permette non seulement de connaître le niveau de la contamination mais aussi d’en prévoir les conséquences pathologiques potentielles pour le travailleur. Nous avons mis en évidence, par toxicogénomique, un biomarqueur qui pourrait les y aider dans le cas d’une contamination par l’uranium : l’ostéopontine, une protéine impliquée dans la minéralisation osseuse. En effet, l’uranium se fixe préférentiellement dans les os ». Les chercheurs sont maintenant confrontés à une difficulté pour valider ce biomarqueur chez l’Homme car, fort heureusement, les cas de contamination sont très rares. « Nous n’avons pu l’évaluer qu’auprès d’un petit nombre de travailleurs d’Areva exposés à des poussières d’uranium. Néanmoins, cette étude va nous permettre de mieux appréhender son mécanisme d’action toxique », souligne Odette Prat. Toujours à la recherche de biomarqueurs, les chercheurs de l’iBEB utilisent également une autre approche, la protéomique. « Nous analysons l’ensemble des protéines présentes dans l’urine après contamination à la recherche d’une signature protéique globale de la toxicité des radionucléides », explique Véronique Malard. « Nous nous intéressons bien sûr à l’uranium, mais également au cobalt, un radionucléide produit lors des réactions de fission ».

Des traitements plus efficaces

Une fois la contamination détectée, il faut intervenir le plus rapidement possible pour éliminer un maximum de radionucléides. Pour cela les médecins utilisent des traitements non spécifiques tels que des lavages d’estomac ou de plaies, l’administration de laxatifs ou diurétiques… Des approches plus ciblées sont donc indispensables. En particulier, il faut pouvoir faire appel à des agents décorporants, c’est-à-dire à des molécules formant avec le radionucléide un complexe stable et facilement excrété par l’organisme. Les chercheurs de la DSV se concentrent sur deux grands objectifs : synthétiser de nouveaux décorporants et améliorer ceux existants, notamment en défi nissant les conditions d’utilisation les plus efficaces. Éliminer l’uranium est un vrai défi . Les médecins ne disposent pas, à ce jour, de décorporant dédié à ce radionucléide. « À l’iBiTec-S, nous recherchons, par synthèse chimique et criblage haut débit, des molécules capables de complexer fortement l’uranium », explique Frédéric Taran. « Nous avons ainsi obtenu une série de composés de la famille des bisphosphonates et l’un d’entre eux s’avère capable d’augmenter l’élimination d’uranium en diminuant notamment sa rétention au niveau des reins, là où il est le plus toxique ».

De leur côté, les chercheurs de l’iBEB ont également trouvé des molécules (cf. encadré ci-dessous), biologiques cette fois, qui fixent très fortement l’uranium. Des pistes intéressantes qui permettront peut-être d’esquisser un traitement utilisable par les médecins. « De notre côté, nous essayons plutôt d’améliorer l’efficacité du DTPA (diéthylène triamine penta acétate), le traitement de référence utilisé pour la décorporation du plutonium et de l’américium, et ceci toujours en alliant techniques de biologie et modélisation informatique », explique Olivier Grémy. Actuellement, le test permettant d’évaluer l’efficacité de la décorporation consiste à mesurer la radioactivité retrouvée dans les urines collectées sur une période de 24 heures. « Nous avons montré qu’en réalité la décorporation du plutonium par le DTPA perdure au moins pendant un mois ! Stocké momentanément dans les cellules puis éliminé progressivement avec le plutonium qu’il a piégé, le DTPA est finalement beaucoup plus efficace que ce que l’on pensait auparavant », précise le chercheur. « De plus, actuellement les médecins n’administrent pas systématiquement le DTPA sur le long terme, mais nos résultats suggèrent qu’il le faudrait ! ». Les chercheurs de l’iRCM évaluent également d’autres formes galéniques du DTPA pour trouver les meilleures conditions de traitement. Ils ont notamment testé, chez l’animal, l’efficacité d’un traitement au DTPA sous forme de poudre sèche pouvant être inhalée, développé par des chercheurs de la Faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry. « Sous cette forme, le DTPA est au moins aussi efficace que lorsqu’il est administré par voie sanguine », s’enthousiasme Paul Fritsch. « L’ensemble de ces résultats pourrait permettre aux médecins d’élaborer des protocoles de traitement DTPA optimisés et adaptés à chaque cas de contamination ».

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Sûreté nucléaire: Nous serons obligés de faire des choix !

Classé dans : Info — deedoff @ 20:31

CENTRALE DE CRUAS MEYSSE

Président depuis deux ans de l’Autorité de sûreté nucléaire, qui assure notamment le contrôle des 58 réacteurs nucléaires français, Pierre-Franck Chevet pointe l’alourdissement des missions de l’autorité indépendante, et critique le manque de moyens.

Vous présidez depuis deux ans l’Autorité de sûreté nucléaire, quel bilan en faites-vous ?

Nous faisons partie des quelques autorités de sûreté de référence au niveau international qui jouent un rôle moteur pour améliorer la sûreté dans le monde. Nos équipes sont convaincues de leur mission, tant à l’ASN qu’à l’IRSN (chargé de l’expertise technique, NDLR). Mais je n’avais pas mesuré notre charge de travail : l’ensemble du parc nucléaire arrive en France vers ses 40 ans, c’est le cas pour les 58 réacteurs d’EDF mais aussi pour beaucoup d’installations du CEA ou d’Areva. La loi de 2006 a instauré une obligation de réévaluation de sûreté tous les dix ans pour les installations d’Areva et du CEA, nous y arrivons. Cela nous oblige aujourd’hui à gérer des enjeux sans précédent.

Vous protestez depuis plusieurs mois contre une insuffisance de moyens…

Nous avons quantifié nos besoins: il nous faut 200 personnes de plus pour l’ASN et l’IRSN. Le gouvernement s’est battu pour nous, et nous avons obtenu une hausse de moyens, qui doit être considérée comme une marque de compréhension forte. C’est le mieux que l’on ait pu faire dans le contexte budgétaire. Mais il faut aller plus loin et changer un mode de financement uniquement budgétaire en y ajoutant un prélèvement sur les opérateurs sous le contrôle du Parlement. Nous fonctionnons, l’ASN et l’IRSN, aujourd’hui avec un budget de 300 millions d’euros par an, il faudrait passer à 350 millions.

Comment EDF et Areva réagissent-ils à cette idée ?

Je n’ai pas senti de réticence de la part des exploitants, parce qu’ils ont aussi intérêt à ce qu’on se prononce vite sur leurs dossiers.

A défaut de moyens supplémentaires, estimez-vous que la sûreté est en jeu ?

Si nous restons durablement dans cette situation, nous serons obligés de faire des choix et de définir des priorités. Les installations nouvelles comme l’EPR de Flamanville ou le réacteur Jules Horowitz de Cadarache ne présentent pas de danger tant qu’elles ne sont pas mises en service. Et les demandes de modification n’induisant d’améliorations de sûreté, je ne les regarderai pas.

Des drones survolent les centrales nucléaires depuis plus d’un mois. Faut-il bunkeriser les piscines de combustible ?

Les centrales résistent à des objets bien plus gros que les drones, sauf les piscines de combustibles usés, protégées par des bardages métalliques. Qu’un objet y tombe n’est néanmoins pas en soi une menace pour la sûreté. Dans le cadre de la prolongation au-delà de 40 ans des centrales nucléaires, la question de la protection des piscines a été posée à EDF. La principale défense d’une piscine, c’est le maintien de son intégrité physique qui permet de garantir la présence d’eau autour des assemblages combustibles.

Comment jugez-vous la communication de l’Etat autour de ce sujet ?

L’ASN n’est pas en charge de ce sujet. Mais la communication sur un tel sujet est nécessairement difficile.

Les députés ont instauré une enquête publique pour toute prolongation au-delà de 40 ans. Y êtes-vous favorable ?

Nous avons souhaité qu’il y ait une enquête publique au rendez-vous des 40 ans, c’est donc tout à fait bien. On ne peut pas avoir une simple mise sur internet de notre avis pendant trois semaines! L’enquête publique suscitera du débat, d’autant qu’elle sera sur le dossier de l’exploitant nucléaire, c’est-à-dire en amont de notre examen. Il faut aussi travailler à améliorer la transparence, notamment pour les habitants des pays frontaliers et voisins des centrales, et pour augmenter les moyens des commissions locales d’intervention.

Où en sont les dossiers de prolongations des réacteurs au-delà de 40 ans d’exploitation ?

Nous allons recevoir les premiers dossiers complets d’EDF dans les semaines ou les mois qui viennent. Dès 2015, nous donnerons de premiers avis sur certains thèmes, mais notre première position générique complète sera en 2018. Le premier réacteur qui fera sa quatrième visite décennale sera Tricastin 1, en 2019. Il faudra que les travaux aient été définis avant. Ensuite, nous enchaînerons rapidement, réacteur par réacteur.

Les exploitants sont-ils en ordre de marche ?

Nous serons attentifs à ce que les exploitants aient la capacité de mettre en œuvre les travaux d’améliorations de sûreté que nous demandons, même si ce n’est pas à moi de juger leur situation financière. Nous constatons la difficulté d’EDF et de ses sous-traitants à tenir les plannings de ses chantiers de maintenance. Ils ont récemment amélioré leur organisation et ont relâché la contrainte sur les plannings, ce que je préfère, mais la quantité de travaux à gérer aujourd’hui est sans commune mesure avec ce qu’EDF prévoit pour son grand carénage. Et pour le CEA, il y a un vrai sujet sur sa capacité d’investissement.

Vous aviez soulevé la nécessité dans le projet de loi sur la transition énergétique de prévoir des marges en cas d’avarie sur le parc nucléaire. Estimez-vous avoir été entendu ?

L’ASN souligne la nécessité de décisions à court terme relatives aux capacités de production d’électricité, quelle qu’en soit la nature, et aux économies d’énergie, pour faire face aux futures mises à l’arrêt définitif de réacteurs pour des raisons de sûreté.

Les trois acteurs du nucléaire changent de tête. Est-ce un élément d’inquiétude pour l’Autorité de sûreté?

A 99 % du temps, nous fonctionnons avec les responsables du parc d’EDF ou d’Areva, ou du CEA. Mais il est important de se voir tous les six mois ou une fois par an avec leurs présidents pour que le message de sûreté puisse être porté au plus haut niveau de ces entreprises.

V.Le Billon – E.Grasland

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10 novembre, 2014

Publication scientifique sur la bonne santé des enfants ayant fréquenté l’école primaire la plus radioactive au monde (qui n’est située ni à Fukushima, ni à Tchernobyl…)

Classé dans : Info — deedoff @ 11:38

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Although the average effective human dose from natural background radiation is about 2.4 mSv per year, the students of the Saeid Nafisi school in Ramsar received effective doses of about 250 mSv while studying there for over 5 years. The goal of this project was a retrospective study of the health status of former students of this school and their offspring. The list of the students of the Saeid Nafisi school (high background radiation) and Taleghani and Kashani schools (ordinary background radiation) was provided by the Department of Education. After matching sex, age and socioeconomic level and obtaining their consent, part 1 of the specifically designed questionnaire was filled out by interview, and clinical examinations were recorded in part 2 of the questionnaire by a physician. The data were analysed using Statistical Package for the Social Sciences 16. Our study shows that 88.1 % of general examinations of high background radiation school students were normal as compared with 85.7 % for control group. There were no significant differences. This study is interesting and unique. It reveals that there is no health emergency related to these high radiation doses. We recommend continuing the health supervision of this population in the future.

Revue à comité de lecture ou ici

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Imagerie médicale: l’irradiation des Français a augmenté

Classé dans : Info — deedoff @ 10:02

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A cause de la hausse des examens médicaux, l’exposition de la population française aux radiations de l’imagerie a augmenté de 6 % en cinq ans. Les scanners sont les plus ionisants.

« Une augmentation modérée », c’est ce qui ressort du dernier rapport « ExPRI » de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) relatif à l’exposition de la population française aux rayonnements ionisants liée aux actes de diagnostic médical réalisés en 2012. Publié ce lundi (et tous les cinq ans), il analyse cette exposition par modalité d’imagerie (radiologie conventionnelle, dentaire, scanner et médecine nucléaire), par région anatomique explorée, par âge et selon le sexe du patient.


D’après ces chiffres, 81,8 millions d’actes de diagnostic utilisant les rayonnements ionisants ont été réalisés en France en 2012. C’est 6 % de plus qu’en 2007, en tenant compte de l’augmentation de la population observée dans le même temps. « Si le nombre d’examens d’imagerie progresse, il faut rappeler que l’imagerie a un impact positif très fort sur la qualité de prise en charge des patients », soulignent ces auteurs. Des études ont pourtant démontré récemment le petit risque de cancer associé aux scanners passés pendant l’enfance et l’adolescence.

Scanner : 71% de la dose ionisante pour 10% des actes
Environ 44 % de la population a bénéficié d’au moins un acte en 2012. Le pourcentage d’individus concernés augmente avec l’âge. Bien que ne représentant que 10,4 % du nombre d’actes, les examens scanner représentent 71,3 % de la dose totale délivrée (à comparer à 58% de la dose totale en 2007).
Et en moyenne, les actes de diagnostic médical conduisent en France à une dose efficace égale à environ 1,6 millisievert (mSv) en moyenne par an et par individu. Cette valeur se situe dans le  tiers supérieur des valeurs moyennes des pays de l’Union Européenne et est très inférieure à celle du pays européen dont la population est la plus exposée, la Belgique (2,7 mSv par an et par habitant).


Augmentation du nombre d’examens scanner

En outre, la dose efficace individuelle moyenne a augmenté d’environ 20 % entre 2007 et 2012. Cette augmentation est nettement moins importante que celle de la période précédente (+57 % entre 2002 et 2007). Elle s’explique principalement par une augmentation d’environ 12 % du nombre d’examens par scanner (une large part exposant le thorax, l’abdomen et le pelvis, c’est-à-dire des organes radiosensibles qui contribuent fortement à la dose efficace). Mais aussi par une meilleure connaissance des pratiques et des doses délivrées en scanographie.

Forte progression de la radiologie dentaire
Par ailleurs, les données de 2012 ont mis en évidence, sur la période 2007-2012 : un doublement du nombre d’examens associant la tomographie par émission de positons à un examen scanner (TEP scanner), et un recul de 6% du nombre d’actes de radiologie conventionnelle. Enfin les auteurs du rapport notent une forte progression des actes de radiologie dentaire (+ 50% entre 2002  et 2012).
Enfin, dans un communiqué de presse, l’IRSN rappelle qu’elle a récemment constitué un comité d’experts dans lequel des sociétés savantes, des agences sanitaires et les autorités concernées sont représentées.

« Ce comité proposera des recommandations concernant les pratiques médicales utilisant des rayonnements ionisants à des fins diagnostiques, notamment l’utilisation des scanners, parfois à répétition, chez des jeunes enfants. L’objectif de ces recommandations est de réduire l’exposition des patients sans altérer la performance de diagnostic », concluent les auteurs du rapport « ExPRI ». La première réunion est prévue d’ici la fin de l’année.

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