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27 novembre, 2014

Survol des centrales nucléaires par des drones: les bonnes questions du Parlement

Classé dans : Info — deedoff @ 4:56

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Depuis deux mois, les survols de centrales nucléaires françaises par des drones tiennent en échec les autorités chargées de la sécurité. Tandis que Greenpeace dénonce d’importantes vulnérabilités, l’ASN appelle à repenser l’articulation sûreté-sécurité. De leur côté, les parlementaires se disent prêts à légiférer.

Lundi 24 novembre, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST) réunissait autour de la même table politiques, spécialistes de l’aéronautique, autorités chargées de la sûreté et de la sécurité nucléaire, experts indépendants et Greenpeace. Le thème : la sécurité des centrales nucléaires face aux survols illégaux de drones. Une quinzaine de cas ont été observés depuis deux mois. A cette occasion, Greenpeace a remis un rapport sur les vulnérabilités des centrales françaises. L’ONG a choisi de ne pas le rendre public pour ne pas livrer un « mode d’emploi » pour des actes malveillants. L’audition de l’OPECST a été riche, même si plusieurs auditeurs ont regretté qu’elle ne donne aucun indice sur l’origine des vols et sur les moyens de les contrer. Pour autant, le président de l’OPECST, Jean-Yves Le Déaut, a ouvert plusieurs sujets de réflexions.

LA LÉGISLATION FRANÇAISE DES DRONES EST-ELLE ADAPTÉE ?

« Il y a beaucoup de survols illégaux dans de nombreux pays. Mais certains les contrôlent mieux que d’autres », assure Peter Van Blyenburgh, le président d’UVS international. « Les autorités américaines enquêtent par exemple sur des survols à l’aéroport JFK, qui mettent en danger les avions », confirme Patrick Oswald, le directeur commercial France air et sécurité chez Airbus Defence and Space.

La France a anticipé dès 2012 la législation sur le vol des drones. Dans le même temps, elle a constitué un tissu très riche, quasi unique en Europe, de sociétés investies dans la construction, l’assemblage, la location, l’utilisation de drones… « Un risque énorme s’est créé en France. La loi d’avril 2012 (qui réglemente le vol de drones, ndlr) a été votée vite, mais est très permissive. (…) Il manque une éducation des pilotes et des opérateurs. La quantité de dronistes qui ne connaissent pas les règles de l’air est gigantesque. Il faut que le monde des dronistes apprenne du monde aéromodéliste et du monde des drones militaires », explique Peter Van Blyenburgh. Un constat partagé. Mais « quelles que soient les réformes, il faut savoir que des modifications administratives ne vont pas régler immédiatement le problème des drones », tempère Pierre-Franck Chevet, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). En ce qui concerne les centrales, le survol est interdit dans un rayon de 5 kilomètres et en dessous de 1000 mètres d’altitude.

QUELS TYPES DE DRONES SURVOLENT LES CENTRALES FRANÇAISES ?

Sur le marché mondial, les spécialistes des drones décrivent des engins très variés, allant du modèle civil de quelques kilogrammes capables de voler avec une faible autonomie à des engins militaires de plusieurs tonnes capables de parcourir plusieurs milliers de kilomètres. Dans le cas du survol des centrales françaises, John Large, expert britannique mandaté par Greenpeace, parle de drones capables de voler en autonomie (sans pilote en vue), de manière furtive (électrique) pendant une soixantaine de minutes en portant une charge utile de 10 kilogrammes. Chez les industriels, le doute plane. Francis Duruflé, le vice-président de la Fédération professionnelle du drone civil (FPDC), affirme : « Un drone capable de porter 10 kilogrammes pendant 60 minutes en mode silencieux (…), de parcourir 5 ou 10 kilomètres, puis de venir se poser avec précision, c’est supérieur à ce qui se trouve sur le marché. » John Large évoque, lui, les drones employés par la BBC, capables d’emporter de lourdes caméras (d’une valeur de 15 000 euros).

Chez Greenpeace, qui réaffirme ne pas être à l’origine de ces survols, on assure que des informations sur la nature des drones sont cachées par les autorités. Yannick Rousselet, responsable nucléaire de l’ONG, déclare qu’il existe des vidéos et des photos des survols des centrales. Selon les témoignages spontanés de gendarmes et d’employés d’EDF, les drones afficheraient de très belles performances. Yannick Rousselet indique qu’il y aurait eu des survols dans des conditions climatiques très difficiles, en particulier un vent de 70 km/h. Un autre drone a parcouru près de 18 kilomètres entre deux installations dans la zone de Flamanville (Manche). Il ajoute qu’un hélicoptère militaire a suivi un drone pendant plus de 9 kilomètres. Les gendarmes, présents à l’audition, réfutent cette course-poursuite en hélicoptère et affirment que seule une voiture de gendarmerie a suivi un drone sur quelques kilomètres avant de le perdre de vue.

SONT-ILS DANGEREUX ?

Selon l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), qui étudie également la sécurité, les drones ne menacent pas le bâtiment réacteur. « Nous considérons que ces risques sont faibles,souligne son directeur, Jacques Repussard. En revanche, ces survols mettent l’accent sur une seconde préoccupation, la vulnérabilité globale du système nucléaire. Des agressions potentielles n’auraient pas nécessairement pour objectif de créer un accident nucléaire, mais peuvent déstabiliser le système électrique (en visant d’autres zones de la centrale, ndlr). » Pour John Large,« le problème n’est pas l’autonomie ou la charge utile de ces drones. C’est le moment où votre système va être attaqué ! Les installations françaises sont vulnérables à des attaques précises. Il suffit de chatouiller une centrale pour induire une instabilité. Une petite intrusion peut entraîner un mécanisme ou un processus d’autodestruction. »

QUI DOIT ÊTRE RESPONSABLE DE LA SÉCURITÉ DES INSTALLATIONS NUCLÉAIRES ?

La sécurité des installations nucléaires revient aujourd’hui entièrement à l’armée, tandis que la sûreté est confiée à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Cependant, la situation semble ne pas convenir à Pierre-Franck Chevet, le président de l’ASN : « 95 % des homologues de l’ASN dans le monde chargés de la sûreté s’occupent de la sécurité. Il y a des sujets régaliens, comme l’intervention en cas de menace, qui ne peuvent pas revenir à une autorité indépendante. Mais il y a un débat quand il s’agit d’amélioration de la sécurité par le développement de systèmes plus robustes, diversifiés, redondants… Nous appliquons alors des principes proches entre sûreté et sécurité. » Attentif à la question, Denis Baupin, député EELV de Paris, appelait le président à préciser sa pensée afin de savoir si le Parlement doit légiférer sur ce sujet à l’avenir.

Ludovic Dupin

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