Dans les entrailles du sous-marin Casabianca
Le bâtiment à propulsion nucléaire effectue actuellement sa grande révision des cent mois. L’occasion d’une visite dans la base secrète de la zone Missiessy.
Au coeur du port militaire, les abords de la base de Missiessy n’incitent guère au camping sauvage : check point, caméras, chemin de ronde, barbelés, etc. Bref : tout l’arsenal de la zone interdite… dans la zone interdite. Ce sanctuaire ultra-sécurisé renferme le « nid » des six sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de la Marine nationale.
Derrière ces défenses acérées se cachent quatre quais, trois bassins, des hangars et une « piscine nucléaire » non olympique, mais parfaitement blindée. Ces installations, autonomes en eau et en électricité, sont gérées par l’entreprise DCNS. Laquelle, par contrat avec l’armée (lire ci-dessous), assure ici l’entretien des SNA dans le plus grand secret, eu égard à la propulsion si spéciale des monstres d’acier.
63 000 pièces à extraire, vérifier et… réinsérer
Depuis le 4 octobre dernier, c’est la grande carcasse du Casabianca qui satisfait à son contrôle technique. Ce SNA est ainsi en cale sèche jusqu’en décembre 2011. Les échafaudages ont envahi son armure renforcée et des dizaines de techniciens s’affairent dans ses entrailles. Le chantier est de taille : il s’agit d’une Indisponibilité périodique pour entretien et réparation. Une IPER, comme on dit dans le jargon.
Cette révision particulièrement lourde de l’engin a lieu tous les huit ans. Elle consiste à s’assurer de l’intégrité de la coque et à démonter le sous-marin, des pales de l’hélice à la pointe du sonar, pour l’ausculter. Soit 63 000 pièces qui seront extraites et vérifiées… puis remontées lors d’un incroyable puzzle.
Pour l’instant, un mois après le début de l’IPER, le Casabianca n’est pas encore un gros tuyau vide. Et son intérieur permet d’entrevoir la vie par 300 mètres de fond. La place y est optimisée au maximum pour permettre à soixante-dix hommes de cohabiter. L’habitacle confiné du Casabianca possède ainsi une cuisine, trois douches et WC. Une usine de désalinisation et une autre pour assainir la qualité de l’air font aussi partie de la structure.
Côté confort, seul le commandant possède sa propre « chambre », si minuscule soit-elle. Les marins, eux, se contentent de 12 m2 pour autant d’emplacements. Un luxe en comparaison des générations précédentes de submersibles où la « bannette chaude » était la règle : quand un homme prenait son quart, un autre occupait sa couchette !
Le nucléaire envoyé à la piscine
Dans le cas du SNA, plus que la promiscuité, le quidam tiquerait sans doute davantage sur l’idée de caler son oreiller à quelques mètres d’un réacteur nucléaire. Mais l’IPER se charge de convier Morphée en contrôlant méticuleusement l’outil propulsif. Cette partie du chantier est d’ailleurs « la plus sensible », reconnaît Gérard Cabri, responsable de la zone Missiessy.
L’euphémisme commande de prendre des gants pour démonter les éléments combustibles. Une structure de confinement amovible, l’Atelier mobile d’intervention (AMI), vient alors surmonter la chaufferie le temps que le coeur soit déchargé, puis entreposé en piscine de décroissance radioactive pour vérification et recharge. Dans le cas du Casabianca, un nouveau coeur sera installé. Une fois le moindre boulon vérifié.


