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28 novembre, 2010

Remise en cause de la chronologie du vivant

Classé dans : Info — deedoff @ 21:08

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Gris, rugueux, le fossile tient dans la main ; seules quelques touches dorées de pyrite lui donnent un peu d’éclat. Banal, a priori. Et pourtant, il balaie les certitudes des paléontologues sur l’origine des premières formes de vie organisée : « Il s’agit d’un organisme multicellulaires de 2,1 milliards d’années… 1,5 milliard d’années plus tôt que prévu ! », s’enthousiasme le sédimentologue Abderrazak El Albani (CNRS/université de Poitiers). « Officiellement », les premiers organismes pluricellulaires ne sont apparus qu’il y a 600 millions d’années. « Cette découverte ouvre un nouveau chapitre totalement insoupçonné de l’histoire de la vie », résume le chercheur.
Et comme souvent lors des grandes découvertes, tout a commencé par hasard…
« C’était en 2008, dans le bassin de Franceville, au Gabon, se rappelle-t-il. L’endroit est connu des scientifiques car il abrite des piles nucléaires naturelles. Nous travaillions dans plusieurs carrières quand nous avons marché sur d’étranges fossiles. Intrigués, nous en avons ramassé quelques-uns, puis nous sommes repartis. Ce n’est qu’en rentrant en France que nous y avons repensé. Nous avons alors envoyé des clichés à un spécialiste pour avis… Il a répondu que ça lui faisait penser à des spécimens de 600 millions d’années ! Or, connaissant le site, nos fossiles devaient dater de 2 milliards d’années… Il y avait un problème. Nous sommes retournés là-bas, et cette fois, nous sommes revenus avec 200 kg de fossiles. » Avec une telle « bombe » remettant apparemment en cause la chronologie du vivant, l’équipe savait qu’elle n’avait pas le droit à l’erreur… « Nous n’avions aucun doute sur la datation : la zone, du fait de sa géologie particulière et de sa radioactivité naturelle, est l’une des mieux datées au monde, indique Abderrazak El Albani. Seule l’origine de nos fossiles posait question. » 250 spécimens de 1 à 12 cm ont été dégagés et classés selon leurs tailles, formes, etc. Mais comment faire parler ces « choses » étranges, devenues pierres il y a des milliards d’années ? Plusieurs approches sont tentées. La microtomographie et l’imagerie synchrotron révèlent des variations morphologiques externes et internes caractéristiques d’organismes à croissance coordonnée. C’est une indication, pas encore une preuve.
« Nous avons aussi mesuré les concentrations des fossiles en isotopes de soufre et de carbone : la composition diffère selon que l’on a affaire à du minéral ou de l’organique, explique Abderrazak El Albani. Ici, clairement, l’origine était biologique. » La présence de stéranes, des hydrocarbures spécifiques aux cellules à noyau, a même été mise en évidence. Et l’existence de ces organismes concorde avec le pic de concentration en oxygène de l’atmosphère daté de 2,4 à 1,9 milliard d’années. L’impensable devenait réalité… A quoi ressemblaient ces organismes, si anciens que les scientifiques refusent de parler de plantes ou d’animaux ? Où vivaient-ils ? Les fossiles et les traces sédimentaires qui les entouraient (empreinte des marées, etc.) sont si bien conservés que quelques grandes lignes s’esquissent : « Ils devaient vivre sur le fond marin ou pas loin, à une trentaine de mètres de profondeur. Ils étaient sans doute bombés de leur vivant car gorgés d’eau, et gélatineux. Leur partie centrale, plus renflée, semble de nature différente de la partie radiale : une poche ? », se demande Abderrazak El Albani.
Les spécialistes cherchent maintenant à comprendre leur place dans l’arbre du vivant… tout en luttant pour la sauvegarde de ce site exceptionnel, qui est aussi une carrière industrielle de grès. Ce qui est sûr, c’est que le chapitre de l’histoire du vivant ouvert par la curiosité de l’équipe de Poitiers n’a pas fini de faire parler et de poser des questions. Quel fut le destin de ces organismes ? Ont-ils perduré ? La chute du taux d’oxygène atmosphérique il y a 1,9 milliard d’années les a-t-elle tous exterminés ? Mais alors, comment expliquer qu’ils ressemblent à des organismes de 1,5 milliard d’années plus récents ? Au final, c’est sans doute l’histoire du vivant et de la vie elle-même, capable de recréer encore et encore une incroyable diversité, qu’il va falloir récrire…
D’après Emilie Raucher

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