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19 août, 2010

Plateau d’Albion : du secret militaire au silence scientifique

Classé dans : Info — deedoff @ 4:55

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Enfoui sous 500 mètres de roches, le centre de tir stratégique de la frappe nucléaire du plateau d’Albion, démantelé en 1996, a été reconverti en un laboratoire quasi unique au monde pour étudier les phénomènes les plus silencieux.

« C’est le laboratoire le plus silencieux de la planète ! » Devant l’écran d’un sismographe où s’affiche avec précision la houle marine de l’Atlantique pourtant distante de 600 kilomètres, Georges Waysand n’en revient toujours pas. C’est par mail que, il y a douze ans, ce chercheur du Groupe de physique des solides de l’université Paris-VII a appris que l’armée de l’air vendait ce poste de conduite de tir de la force de frappe nucléaire française : 3 kilomètres de galeries enfouies sous 500 mètres de roches calcaires dans le « désert » du plateau d’Albion (à cheval entre le Vaucluse et les Alpes-de-Haute-Provence), loin de toutes activités urbaines, industrielles ou routières. Persuadé de pouvoir y mener toutes sortes d’expériences inédites grâce à l’absence de signaux parasites, il convainc la communauté de communes du pays d’Apt de se porter acquéreur du site basé à Rustrel.
La région est pauvre. Avec le démantèlement des 18 silos nucléaires ordonné en 1996 après trente-trois ans de service militaire et le départ consécutif des officiers et de leur famille, c’est un pan supplémentaire de l’économie qui s’effondre. La proposition de reconversion scientifique du site tombe donc à pic.

Tranquillité idéale
Rebaptisé Laboratoire souterrain à bas bruit (LSBB) par le CNRS, l’ultime vestige du système d’armes balistiques stratégique attire en quelques mois des chercheurs du monde entier qui font la queue pour placer leurs instruments de mesure. « Ces galeries ont été conçues pour résister à l’impact, au souffle et aux perturbations électromagnétiques d’une bombe nucléaire de forte puissance, explique Stéphane Gaffet qui en a pris la direction. C’est comme si on se trouvait au calme à 1.500 mètres sous l’eau avec un niveau de bruit électromagnétique 100 fois inférieur à celui d’un cerveau dans sa phase de sommeil profond. » Une tranquillité idéale pour mener toutes sortes d’expériences sensibles aux bruits parasites d’origine sismique, acoustique, mécanique et même cosmiques.
Une trentaine d’équipes scientifiques se relaient donc dans l’installation soutenue par l’Observatoire de la Côte d’Azur, le CNRS et l’université de Nice : physiciens, géologues, hydrologues, biologistes qui conduisent chacun des expériences très précises dans l’infiniment petit.
Bruit électromagnétique faible

Derrière l’épaisse porte d’acier d’une des salles où même les boussoles sont inopérantes, les chercheurs du Centre de physique nucléaire de l’université de Lisbonne y ont par exemple installé un détecteur de leur cru pour tenter de piéger les particules massives faiblement interactives (les WIMP) qui figurent en théorie parmi les candidats les plus sérieux pour constituer, au moins partiellement, la masse manquante de l’univers. « On suppose que ces particules « invisibles » n’interagissent quasiment pas avec la matière, ce qui rend leur détection très délicate puisqu’elles se « cachent » parmi d’autres, telles que les électrons, muons, rayons gamma ou X qui viennent heurter la Terre, explique le chercheur Tom Girard qui coordonne le projet. Notre objectif est de faire le tri parmi ces éléments pour trouver cette particule hypothétique grâce à un détecteur utilisant des microgouttelettes de fréon prêtes à exploser au moindre contact. Pour fonctionner, il nous fallait l’environnement très faiblement perturbé du LSBB. »
Les premiers résultats obtenus valent à l’expérience de figurer dans le Top 10 mondial des recherches les plus significatives sur la matière sombre galactique. Une autre équipe exploite les qualités de l’ancien poste de commandement suspendu sur d’énormes amortisseurs. Rien ne devait entraver un ordre de tir. Son blindage protège donc la pièce du moindre rayonnement électromagnétique risquant d’endommager les installations électriques. « Le bruit électromagnétique enregistré ici est l’un des plus faibles au monde », précise Stéphane Gaffet. Son équipe y a donc placé des sismographes pour disposer en continu d’une image tridimensionnelle des remous terrestres. « Grâce à cet outil, nous espérons comprendre les mécanismes de propagation et d’amplification des séismes », explique Stéphane Gaffet. Un comble pour le site qui fut chargé de faire trembler le monde.

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